Œuvres pour pianos préparés de
John CAGE composées pour la danse

Création automne 2021 - Manège, scène nationale-Reims

 

« Comme on ramasse un coquillage
sur la plage »

John Cage  

En 1940, John Cage invente presque par hasard le "piano préparé". En glissant divers matériaux ou objets (vis, boulons, bouts de caoutchouc, joints de calfeutrage, morceaux de laine, de plastique, de bambou, … ) entre les cordes d’un piano, il obtient un nouvel instrument, une sorte d’orchestre de percussions aux sonorités variées et inouïes, confié aux deux seules mains d’un pianiste.

Les premières pièces qu’il compose pour le piano préparé (entre 1940 et 1945) sont conçues pour des solos de danse, dont une grande partie pour le célèbre chorégraphe Merce Cunningham, futur collaborateur et compagnon de John Cage.

Pour les avoir jouées régulièrement, le pianiste Bertrand Chamayou s’est rendu compte que ces oeuvres gagnaient effectivement à être chorégraphiées, l’idée d’un corps en mouvement comme extension des étranges et merveilleuses vibrations émanant de ce piano détourné semblant être une évidence. Evidence confirmée en trouvant en la personne d’Elodie Sicard une sorte d’alter-ego pour ce projet- ces pièces sous leur forme dansée n’ayant pourtant quasiment plus jamais été présentées depuis leur création.

 

Le centenaire Cunningham en 2019 est une occasion idéale pour proposer ces douze pièces sous la forme d’un cycle d’une durée d’environ 1h20, où la diversité des couleurs et des timbres sera représentée par quatre pianos - préparés chacun de manière différente et disposés comme quatre points cardinaux délimitant le champ dans lequel le mouvement du corps de la danseuse sera généré.

 
 

  John Cage est depuis longtemps un de mes compositeurs de prédilection. J'ai toujours éprouvé un malin plaisir à glisser presque subrepticement aux détours de programmes plutôt classiques quelques-unes de ses fameuses pièces pour piano préparé, me permettant de me détourner de mon instrument originel, ou plutôt de le détourner – le piano préparé étant cette sorte d'étrange « machine à percussions » obtenue en plaçant entre les cordes du traditionnel piano divers objets afin d'en altérer la sonorité.

Si le fait de jouer ces musiques, de manier ce nouvel instrument à la manière d'un chef d'orchestre qui convoquerait de ses doigts ensorceleurs une palette de couleurs et de sons aussi étrange qu'illimitée, confine chez moi immanquablement à un certain état de griserie – ivresse des timbres et du spectre harmonique inattendu qui s'en dégage – et si je me suis toujours senti en pleine osmose avec l'esprit zen des Sonates et Interludes  de 1948 par exemple, j'ai parfois eu plus de difficulté à trouver en concert l'élan, l'impulsion quasi-primale des premières pièces, cette série de pièces courtes et variées composées très exactement pendant la Seconde Guerre Mondiale.

 

  Cherchant à comprendre pourquoi je n'arrivais jamais à exprimer pleinement la foisonnante substance que je percevais et pressentais dans ces partitions, il m'est apparu aussi soudainement que clairement, pendant une exécution de la Bacchanale  à Rotterdam, que cette sensation de manque n'était pas nécessairement liée à un défaut d'interprétation mais qu'elle appelait en réalité un prolongement, celui d'un corps en mouvement. Ces pièces ont effectivement été conçues pour la danse. Plus exactement pour des solos de danseur/danseuse. A quelques exceptions près, les chorégraphies ont été perdues. A quelques exceptions près également (tout au moins à ma connaissance) ces pièces n'ont plus été données en version chorégraphiée.

L'évidence d'un tel projet, sous la forme d'un cycle où toutes ces pièces s'interpénétreraient, s'est confirmée dans mon esprit en voyant « Les Alibis »  d'Elodie Sicard, et en trouvant en elle mon possible alter ego pour le réaliser.

 

  Quatre pianos préparées, afin de couvrir l'immense variété de
« préparations » des divers opus (préparer et dé-préparer un piano peut prendre dans certains cas plus d'une heure, d'où la nécessité d'avoir plusieurs instruments afin de limiter le nombre d'actions), quatre pianos comme quatre points cardinaux délimitant le champ dans lequel le mouvement sera généré, dans lequel le corps traduira les vibrations sonores de cet univers singulier et fascinant.

Bertrand Chamayou

 Mars 2018

  J’ai découvert les pièces pour pianos préparés de John Cage lorsque Bertrand Chamayou m’a fait part de son projet. En les écoutant, j’ai aussitôt perçu le lien avec la danse. La vision d’un rituel m’est apparue, un voyage à travers des sonorités percussives, rythmiques et d’autres plus minimales, méditatives.

L'univers poétique de chaque pièce, le contraste des couleurs et leur aspect répétitif me donnent envie d’explorer la danse dans une continuité, sans finalité, dans un perpétuel et vivant devenir. La notion de l’imprévisible est une base dans mon travail : s’abandonner à l’instant, écouter son corps, observer ce qui est là et imperceptiblement la chose se présente à nous, il suffit de la suivre et de l’incarner au présent.

 

  L’invitation de Bertrand est une occasion pour moi de poursuivre ma recherche sur la question du temps. Du point de vue de la partition musicale et de la structure rythmique, les pièces de John Cage viennent poser une organisation des plus élaborées et des plus sensibles : elles cadrent, donnent appui au déploiement du geste. Le corps, lui, s’ouvre à l’intuition, aux sens, aux directions, il dessine dans l’espace un geste qui devient vecteur de projection entre ces quatre points cardinaux et les lignes de fuite qu’ils appellent. Ces lignes de mouvement tissent un réseau, une architecture, renforcée par une scénographie de lumières, le corps est mû par la tension et la détente, par la gravité et l’attraction que créent ces forces fondamentales.

 

  C’est précisément dans ces interstices que la liberté d’imagination peut surgir et offrir un état d’exaltation, une grâce qui rendra vivante la structure rythmique des oeuvres de John Cage. La musique et la danse se connectent en des points structurels grâce à des règles de jeu qui associent manipulations d’objets pour la préparation et dé-préparation des pianos, déplacements dans l’espace pour aller de piano en piano, relation entre les interprètes, simultanéité de présence et d’absence. Ce projet est le fruit d’une collaboration, d’un dialogue où la danse entre en résonance profonde avec la musique dans la quête d’un lien magique entre l’oeuvre musicale et son incarnation.

Cette recherche fait écho à ce que dit Merce Cunningham, dont le centenaire sera célébré en 2019: “La danse, manifestation visible de la vie, c'est cet instant fugitif où l'on se sent vivant“.

Elodie Sicard

 Mars 2018

 

Bertrand Chamayou est né à Toulouse et a étudié au conservatoire de sa ville natale où son talent a très vite été repéré par le pianiste Jean-François Heisser… qui deviendra par la suite son professeur au Conservatoire de Paris. Il se perfectionne ensuite auprès de Maria Curcio à Londres.

 

Pianiste français de premier plan, Bertrand Chamayou a acquis une reconnaissance internationale grâce à sa technique transcendante, à l’acuité de ses interprétations et à une sonorité très reconnaissable qui imprime sa singularité à travers un immense répertoire.

En tant que récitaliste ou accompagné des plus prestigieux orchestres du monde (New York Philharmonic, Cleveland Orchestra, London Philharmonic, Saatskapelle de Berlin, Orchestre de Paris entre autres), il se produit au Théâtre des Champs-Elysées ou à la Philharmonie de Paris, au Lincoln Center de New-York, au Wigmore Hall de Londres, à la Philharmonie de Berlin, au Concertgebouw d’Amsterdam ou encore au Suntory Hall de Tokyo ; et participe aux plus grands festivals internationaux parmi lesquels le Mostly Mozart de New-York, les festivals de Lucerne ou d’Edinburgh, le Beethovenfest de Bonn ou encore la

Roque d’Anthéron.

 

  Il s’est également illustré à plusieurs reprises par des sortes de concerts-marathons autour de grands cycles : on se souvient notamment des Etudes d’Exécution Transcendante ou des Années de Pèlerinage de Liszt, de l’intégrale Ravel ou des Vingt Regards sur l’Enfant-Jésus de Messiaen. Il partage la scène avec de nombreux chefs tels Pierre Boulez ou Sir Neville Marriner, et collabore régulièrement avec Semyon Bychkov, Charles Dutoit, Mikko Franck, Philippe Herreweghe, Gianandrea Noseda, Philippe Jordan, Andris Nelsons, François-Xavier Roth, Tugan Sokhiev, Stéphane Denève ou Emmanuel Krivine.

 

  Chambriste très prisé, on peut citer parmi ses partenaires de prédilection la violoncelliste Sol Gabetta, les violonistes Vilde Frang et Renaud Capuçon, le pianiste Leif Ove Andsnes ou la clarinettiste Sabine Meyer.

Reconnu internationalement pour ses interprétations des Romantiques, Bertrand Chamayou est également l’un des éminents spécialistes des musiques des 20ème et 21ème siècles, engagé dans la création et ayant travaillé auprès de compositeurs comme Henri Dutilleux, Pierre Boulez, György Kurtág, Thomas Adès ou Esa-Pekka Salonen.

 

  Bertrand Chamayou enregistre en exclusivité pour Erato. Son intégrale des oeuvres pour piano de Ravel a été récompensé par le prix ECHO Klassik ainsi que par un Gramophone Editor’s Choice. Avant cela on peut citer parmi des albums Mendelssohn, Franck ou Liszt parus chez Sony Classical et Naïve, une intégrale des Années de pèlerinage de Liszt récompensée de nombreux prix dont le Diapason d’Or de l’Année.

 

Il a remporté à 4 reprises les prestigieuses Victoires de la Musique Classique.

  Elodie Sicard est diplômée du Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris en danse contemporaine en 2007. Elle travaille ensuite avec Jan Fabre et Chantal Akerman pour la création de la pièce « I'm a mistake ». Elle danse ensuite dans « Settlement » de Hans Van Den Broeck à Vienne lors du festival ImpulsTanz . Parallèlement, elle obtient une licence 3 en Art du spectacle théâtral à l’Université St Denis - Paris VIII.

 

Lauréate des Talents Danse de l’Adami en 2009, elle est par la suite interprète auprès de plusieurs chorégraphes, parmi eux Serge Ricci, Vanessa Le Mat, Thomas Duchatelet et Kuomi Ichida, Hiroaki Umeda, Tatiana Julien, Cindy Van Acker, Romeo Castellucci et Daniel Dobbels.

Elodie accorde une place importante à la transmission et à la sensibilisation auprès de publics divers, notamment dans le cadre des « Portes du temps » au Château de Fontainebleau ou en partenariat avec le Théâtre de Vanves et des écoles primaires vanvéennes.

 

En tant que chorégraphe, elle travaille régulièrement sur des projets en lien étroit avec la musique. Elle crée notamment un duo avec la violoniste Sayaka Shoji, sur des œuvres de Max Reger et Jean Sébastien Bach, présenté au festival Les Folles Journées de Nantes en 2011.

Avec Les Clés de l’Ecoute, Elodie crée la chorégraphie et danse dans « La véritable histoire de Casse-Noisette », jouée à la Philharmonie de Paris avec l’Orchestre de Paris.

En 2016, Vassilena Serafimova, percussionniste et Elodie confrontent des œuvres entre musiques savantes et populaires dans une forme courte.

Invitée en 2017 par l’Institut Français de Tunis, Elodie Sicard crée une petite forme autour de la cérémonie du stambeli, musique de transe thérapeutique tunisienne.

 

En 2014, la Compagnie Eukaryota voit le jour afin de commencer la création d'un triptyque chorégraphique « Les Alibis -  Les Assaillants – Les Aspirants », dont le premier opus ‘Les Alibis’ a été coproduit et présenté au CDCN Atelier de Paris-Carolyn Carlson dans le cadre du Festival June Events 2016. Une version performative a également été présentée dans le cadre du Festival Ardanthé 2018 du Théâtre de Vanves.

Sa prochaine pièce « Les Assaillants » sera présentée au Manège de Reims dans le cadre du Festival Born to be a live en novembre 2019.

 

En 2018, Elodie Sicard a bénéficié du dispositif d’accompagnement A.V.E.C mis en place par le Théâtre de Vanves, le Bureau Produire et Arcadi.

Conception : Bertrand Chamayou et Elodie Sicard

Piano : Bertrand Chamayou


Chorégraphie et danse : Élodie Sicard





 

Mysterious Adventure*

The Unavailable Memory of*

Primitive

In the Name of the Holocaust*

The Perilous Night

Root of an Unfocus*

Daughters of the Lonesome Isle

Tossed As It Is Untroubled*

Bacchanale

Our Spring Will Come

And The Earth Shall Bear Again

 

*œuvres composées

pour Merce Cunningham

Production :

Production déléguée : Manège, Scène Nationale-Reims

CoproductionL’Arsenal – Metz ; CCN de Caen ; Manège,scène nationale-Reims ; (recherche en cours)
En partenariat avec Yamaha
Durée prévisionnelle 1H20

Contact Production :

NINA VANDENBERGHE
Secrétaire générale
n.vandenberghe@manege-reims.eu
+33 (0)7 87 13 33 61

STEVEN CAYRASSO
Chargé de production et
d’administration
s.cayrasso@manege-reims.eu
+33 (0)7 60 18 62 09

© 2017 Compagnie EUKARYOTA

collectifeukaryota@gmail.com

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